« C'est une pièce unique ; elle fera honneur à votre bibliothèque. », écrivit Roger Devauchelle en confiant ce volume à Julien Fléty.
Probablement mis en ordre et relié par Roger Devauchelle, il renferme les 49 manuscrits autographes signés, les articles correspondants extraits de La Reliure, ainsi que les états définitifs et avant la lettre des planches de reliures reproduites en phototypie. Le recueil est structuré par deux faux-titres, deux titres et des tables.
Trois lettres imprimées de Marius-Michel critiquant la publication ont été montées en fin de volume.
Une lettre autographe signée de Roger Devauchelle à Julien Fléty nous retrace l'histoire du volume : le manuscrit fit d'abord partie de la bibliothèque du relieur Georges Mercier, directeur de La Reliure. Il fut ensuite cédé par son épouse au comte Gérard de Berny (1880-1957), puis vendu au célèbre relieur et historien de la reliure Roger Devauchelle qui s’en servit pour la documentation de son ouvrage La Reliure en France. Il fut ensuite confié par lui à Julien Fléty et resta dans sa bibliothèque pendant près de soixante ans.
Cette étude, dont la publication fut soudainement arrêtée, fut au coeur d’une polémique opposant Henri Beraldi à Henri Marius-Michel et Georges Mercier.
Henri Marius-Michel avait en effet publié dans la revue une suite de trois articles critiquant certains points de l'étude, et dont le ton fut de plus en plus sévère au fur et à mesure que le débat s'envenimait.
Le premier article mettait en garde les relieurs et bibliophiles de ne pas prendre les reliures présentées comme des modèles à suivre « car jamais ignorance du dessin ne fut plus grande et technique plus nulle. »
Le deuxième article critiquait le choix d’une reliure de Thouvenin présentée comme une pièce d’exposition mais que Marius-Michel considérait comme étant de piètre qualité. Le relieur sentit venir les foudres de Beraldi et conclut son article par ces mots : « Partant d’un point de vue différent, il est tout naturel qu’il y ait contradiction ou heurt avec l’érudit bibliophile, mais si cette discussion […] devait, aussi peu que ce soit, servir à notre art […], je serais prêt. »
Le troisième article est une réponse acide et malicieuse à une lettre de menaces de Beraldi :
« Quelle chose amusante que la polémique ! Vous permettez ?
« Toutes les reliures de la Restauration se sont maintenues dans une merveilleuse fraîcheur » , dit M. H. Beraldi ; c’est vrai, mais […] il n’en reste pas moins certain que l’habitude de grecquer est condamnable et que les décors de ces reliures sont le plus souvent mal compris, hors de l’échelle du livre et que l’abus de roulettes, du « va comme j’te pousse », prouve la faiblesse de leurs auteurs, et cela est de plus démontré, je l’espère, à mesure que la publication avance. La preuve de ce que j’avais dit en de précédentes remarques se fait plus évidente à chaque planche. »
Henri Marius-Michel met ensuite Henri Beraldi face à ses contradictions en rappelant qu'il avait critiqué avec ardeur la qualité des reliures de la Restauration dans son ouvrage La Reliure au XIXe siècle, et conclut par cet extrait d’une poésie de Sully Prudhomme :
« Mais, en controverse technique,
Il ne faut pas trop se risquer ;
Quand on n’est pas de la boutique,
On finit toujours par trinquer. »
Henri Beraldi, qui avait eu vent de cette lettre avant sa parution, fit savoir à Georges Mercier qu'il romprait tous rapports avec le syndicat et toutes relations commerciales avec lui si elle devait être publiée. Le bureau de la revue prit finalement la décision de la publier, Georges Mercier démissionna, la publication de Henri Beraldi s'arrêta aussitôt.
Exceptionnel recueil jalousement conservé pendant presque cent-vingt ans par des bibliophiles et historiens de la reliure, renfermant les manuscrits d'une oeuvre longtemps demeurée confidentielle.
]]>Émouvant livre-relique relié grâce à des morceaux de coque de l’épave du HMS Royal George, triste protagoniste de l’un des naufrages les plus meurtriers de l’histoire britannique.
L’illustration se compose d’un frontispice et de 3 planches hors texte.
Le HMS Royal George était le plus grand vaisseau de guerre au monde à son lancement en 1756. Il coula lors d’une manœuvre alors qu’il était au mouillage à Portsmouth en 1782, causant la mort de plus de 800 personnes se trouvant à bord.
Ce petit ouvrage décrit la tragédie et les manœuvres prises à partir de 1839 par le colonel Charles Pasley pour récupérer des canons et dégager l’épave qui encombrait le port depuis presque 60 ans. La technique utilisée fut de faire exploser des barils de poudre sous l’eau, pour le plus grand plaisir des curieux venus assister au spectacle. On imagine alors aisément le succès de ce petit livre-souvenir qui connu plusieurs éditions au fur et à mesure des manœuvres qui s’étendirent sur plusieurs années.
Cet exemplaire de 1841 (4e édition) porte deux étiquettes dont nous n’avons pas retrouvé mention ailleurs. La première indique qu’il a été vendu au profit des Seamen and marines’ orphans’ schools de Portsea. La seconde, imprimée en or sur papier bleu, rappelle la tragédie et indique qu’un volume portant la même note a été présenté au prince Albert.
Enfin, un long ex-dono manuscrit, sans doute de la main d’un officier naval de la Seamen and marines’ orphans house, est adressé à la femme d’un certain capitaine Groves pour la remercier de son aide lors de la famine dans les îles Scilly.
Charmant exemplaire dans un bel état de conservation.
]]>Superbe « vélin émaillé », technique inventée pour la décoration de reliures par Jeanne Dinet-Rollince (née en 1865), qualifiée d'alchimie par Ernest de Crauzat.
Artiste de talent, elle collabora avec le relieur Léon Gruel pour exécuter les décors de reliures d’exception, utilisant l’anagramme de son nom marital Cornille comme pseudonyme. Elle décora notamment de ces fameux vélins une reliure offerte en 1904 à l’Empereur de Russie Nicolas II.
Elle fut, dans un autre registre, la première biographe du peintre orientaliste Étienne Dinet, son frère.
Ernest de Crauzat, dans son ouvrage La Reliure française de 1900 à 1925, au chapitre Les femmes, la bibliophilie, et la reliure, lui consacre ces lignes élogieuses :
Parmi ces femmes novatrices, il convient de citer en première ligne :
Mme J. Rollince, pseudonyme d’une femme du monde des plus charmantes, qui, avant même que la pyrogravure et le cuivre ciselé fussent à la mode, eut l’idée d’émailler des vélins. Elle y réussit et sut « par une alchimie compliquée, par le double effet des couleurs et des irisations métalliques, par des reprises à la plume des estampes et un grainé travaillé au burin, enfin, par la magie suprême et pleine de hasards du feu, obtenir cette surface brillante, décorée, lisse, caressante, qui enveloppe le livre comme d'une lumière étalée. »
Ce vélin émaillé représente un décor de style Louis XIV composé de rinceaux de feuilles d’acanthe, bouquets de fleurs et animaux tirés des fables d’Ésope. Au centre, sur un élément rayonnant, deux vers tirés du prologue des Fables d’Esope en quatrains d’Isaac de Benserade (1678) : Les Bestes autrefois parloient mieux que les gens, et le siècle n’a point de si doctes régens.
Présentée dans son cadre d’origine, cette pièce de vélin est particulièrement décorative.
Très beau spécimen de cette technique rare.
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